Je me contins. On frappa d'ailleurs, correctement. Puis le vantail tourna, et, dans le chambranle, je vis l'un de mes hôtes,—je ne discernai pas lequel,—l'un des deux vieillards identiques, à longue et large barbe neigeuse, épanouie.—Il se tenait debout, immobile. Il n'avança pas. Ses yeux, du premier regard, m'avaient parcouru de la tête aux pieds, tel que j'étais: debout, habillé, botté, et dans l'évidente posture d'un homme qui ne s'est point couché, qui n'a pas voulu s'assoupir, qui a veillé, inquiet, défiant, prêt à toute occurrence. Et je vis, dans ces yeux qui me scrutaient, un éclat rapide, éteint dans le même instant. Une dernière fois, l'idée qui déjà m'était venue me traversa encore: ces yeux si perçants qui me regardaient ne pouvaient-ils pas voir plus profond que mon visage, voir dans mon cerveau même, et y surprendre ma pensée secrète, nue?...

Et, alors, le vieil homme parla:

—Monsieur,—dit-il,—vous ne dormez point. Nous nous en doutions en vérité. Puisqu'il en est ainsi, voulez-vous cesser de vous morfondre dans la solitude de cette chambre, et venir nous joindre dans la salle basse? Assurez-vous que ce parti est le meilleur, pour vous comme pour nous.

Je m'étais ressaisi. Je répondis, sans hésiter:

—Oui, monsieur.

Et je marchai vers lui.

Il s'effaçait, comme pour me céder le pas. Je refusai. Il pénétra peut-être mon intention prudente, car il n'insista pas, et, me précédant, murmura:

—Soit!... pour vous montrer le chemin...

A l'antichambre, je fis halte devant la porte où j'avais tout à l'heure flairé le parfum de ma maîtresse. Mais ce n'était pas là,—pas encore là,—qu'on me conduisait.

Le vieil homme traversa en effet l'antichambre, et, me voyant arrêté, m'appela: