—Ici, monsieur, si vous voulez bien...


Ici, il n'y avait point de couloir. La porte,—toujours pareille, et toujours dissimulée dans la boiserie,—donnait directement dans une vaste pièce, plus vaste que l'antichambre, et seulement séparée de l'antichambre par l'épaisseur de la cloison.

Une vive clarté emplit mes yeux. Cinquante ou soixante bougies brûlaient aux murs, avec deux grosses lampes à colonne, plantées de part et d'autre de la cheminée,—une cheminée à l'ancienne mode, dont l'énorme manteau sculpté et armorié aurait pu servir de rôtissoire à plusieurs bœufs.—Je vis, assis dans un fauteuil, en face de moi, l'autre vieillard; et assis à côté de lui, un personnage inconnu, qui me sembla moins âgé sans être jeune. Tous deux s'inclinèrent quand j'entrai.

Je demeurai sur le seuil, soucieux que la porte ne fût pas refermée. L'homme inconnu, d'un geste courtois, me montra un siège. Je refusai de la tête. Lui-même, alors se leva:

—Comme il vous plaira,—dit-il;—je vous comprends.

Sa voix était une voix de fausset, très bizarre.

Je le vis repousser son fauteuil et faire un pas vers moi. Les deux vieillards s'étaient rangés derrière lui à droite et à gauche, comme s'il eût été leur chef. Il l'était en effet...

—Monsieur l'officier,—reprit-il après un silence,—souffrez d'abord que je m'excuse auprès de vous. Je vous ai fait une incivilité, en vous dérangeant, ainsi, dans votre sommeil. Mais peut-être dormiez-vous très mal? Auquel cas je compte sur votre pardon...

Il s'interrompit, et, de la main, me désigna ses deux compagnons l'un après l'autre.