—Paix! messieurs!... Trêve à vos lamentations, de grâce! Que voilà bien déchaînées vos habituelles frénésies en faveur de l'orphelin et de la veuve!... Hélas! ne vous lasserez-vous donc jamais d'emplir votre bouche des grands mots d'humanité, de fraternité, d'amour et de nature? Et ne concevez-vous pas clairement à quel point notre sécurité, voire notre vie se doit préférer au conjugal château de cartes d'une bonne et fidèle épouse dont les galanteries sont toutefois déjà la fable d'un chacun? La solution que vous avez indiquée n'est donc point du tout inacceptable. Je ne la crois pas cependant des meilleures. Et j'estime qu'avant de choisir, le plus sage est de vider d'abord notre sac. Antoine à votre tour. Avez-vous une pensée utile?
Le vicomte hésita:
—Monsieur,—dit-il enfin,—la bonne solution n'est-elle pas enclose dans notre énergie magnétique propre, et surtout dans la vôtre, si prodigieusement puissante? M'est avis qu'il est en somme faisable de renvoyer tout à l'heure monsieur le capitaine, libre en apparence, et de conserver toutefois sur lui une emprise telle que chacun des mots de sa bouche sera désormais dicté par nous. Quelques jours s'écouleront de la sorte. Puis...
Le marquis souriait avec ironie:
—Puis?—questionna-t-il.
Mais le vicomte n'achevait pas. Et ce fut le marquis qui acheva:
—Puis, rien! Car je ne vois point de dénouement à cette comédie. Or, imaginez-vous que nous puissions nous infliger longtemps cette fatigue,—surhumaine, encore que répartie entre nous trois,—de terrasser ainsi, sans trêve ni repos, et usque ad vitam aeternam, la volonté de monsieur que voilà, sain d'esprit et de corps, robuste, et jeune tout de bon? Passe encore s'il s'agissait d'un vieillard caduc!... Mais monsieur? Folie!... Folie pure!... Cherchez mieux, Antoine. Allons, messieurs, qu'on s'évertue!
Mais le comte ni le vicomte n'ajoutèrent plus un mot. Et le rire chevrotant du marquis grinça tout seul dans le silence.