—Je coucherai au Grand Cap, naturellement?

—Naturellement. Il y a des chambres d'officiers dans le fort. Le gardien vous installera tant bien que mal, et vous reviendrez demain matin. C'est une corvée de premier brin, mon pauvre Narcy. Mais comment faire? Il faut que ce gardien soit prévenu. Et quant à envoyer un break par la route militaire du Revest, impossible! Barras vient de mesurer sur la carte: le break aurait plus de trente kilomètres à faire, rien que pour l'aller... L'auto n'arriverait pas non plus: le chemin vient d'être empierré de neuf, entre le Ragas et Morière. L'unique solution, c'est un cavalier qui puisse partir de Solliès et qui connaisse les sentiers de la montagne: vous.

—Moi, amiral.—L'auto arrive, je l'entends dans la rue.

—Téléphonez à votre ordonnance et partez.

—Le caporal va téléphoner pour moi, amiral. Je pars.

—Bon voyage, mon cher! à demain!...

Je raccrochai les récepteurs. Le télégraphiste empressé me tendait ma pèlerine imperméable et mon feutre. Il bruinait.

Je rentrai au bureau pour fermer les armoires secrètes. Je mis les barres de fer et les cadenas à lettres. Le troisième cadenas me retarda d'une bonne demi-minute: la combinaison fonctionnait mal. Je jurai deux fois avant d'en venir à bout...

Par les fenêtres fermées, à travers les rideaux de guipure, le jour entrait largement, clair, quoique gris. Le petit poêle ronflant y mêlait sa chaude lueur rouge. Le bureau m'apparut confortable au moment de le quitter pour l'humidité froide du dehors...

Sur ma table à écrire, la lettre du colonel directeur d'artillerie était restée. Ne sachant où la mettre,—les armoires étaient fermées déjà, et je ne me souciais pas de perdre mon temps à les rouvrir,—je pris cette lettre et la glissai dans la poche intérieure de mon veston.