J'ai traversé le jardin, mes pieds foulant le gazon inculte, ma tête frôlant les ramures emmêlées des pins et des cèdres. La grille était ouverte. Je l'ai passée.

Et je m'en vais, sur la lande, au hasard, vers l'aube qui naît...


XXXVI

J'ai marché toute la journée, de l'aube bleue au crépuscule rouge. Le chemin que j'ai suivi, je ne saurais pas le retrouver. J'ai marché droit devant moi. Et je n'ai pas senti la fatigue, sauf après être arrivé.

C'est tard, très tard, que je suis arrivé. Je marchais droit devant moi, sans savoir où j'allais. Et je n'imaginais même pas aller quelque part. Et puis, tout à coup, j'ai vu que je marchais sur une route. Et j'ai vu, à droite et à gauche, des maisons.

C'est en passant un pont, un pont-levis, que j'ai reconnu Toulon, Toulon et ses remparts. Dans l'arc de la porte, j'ai vu le ciel déjà sanglant. Et j'ai compris que le soir tombait. Mes pieds tramaient dans la poussière du sol. Mais je continuais d'aller,—sans savoir où, comme le fer va vers l'aimant...


Un peu plus loin, j'ai passé devant une boutique. Et j'ai vu, à côté de moi, un vieillard extraordinairement misérable, usé, courbé, loqueteux, l'œil éteint, les cheveux blancs, la barbe longue. Je me suis arrêté, et lui s'est arrêté aussi. Alors, j'ai compris que c'était moi que je voyais, reflété, dans une glace de la boutique.