Il avait essuyé sans broncher la mercuriale. En face du philosophe qu'il n'essayait pas de réfuter, il se sentait gêné et penaud. Mais la vie nouvelle qu'il goûtait depuis ces dix jours, l'enchaînait par trop de douceurs pour qu'il acceptât désormais d'y renoncer. Il plaida:
«Je vis selon ta formule: J'ai trouvé sans effort des plaisirs à mon goût; je les cueille. Je vis comme il me plaît, sans souci de rien, ni de personne. C'est toi qui m'as dicté ce programme!
—Imbécile!»
Torral l'injuriait sans colère, avec une grimace de pitié.
«Imbécile! Ne discutons pas.—Es-tu amoureux? Ce ne serait pas une excuse, mais une explication....»
Une révolte s'insurgea dans Fierce. Tous les reproches, toutes les railleries, il les acceptait tête basse. Mais le nom de Sélysette Sylva profané ici, jamais!—Au fait,—Il réfléchit tout à coup,—pourquoi s'irriter? Qui parlait de Sélysette? Il n'était pas amoureux, pas plus d'elle que d'aucune femme au monde. Il rit.
—«Amoureux! Et toi?»
Torral le scrutait d'un regard fouilleur. Mais Fierce ne mentait pas; sa bonne foi souriait dans tout son visage. Torral n'insista pas.
—«Je vais chez Mévil, dit-il en reprenant ses vêtements de jour quittés pour la sieste. Viens-tu?
Fierce consulta sa montre.