Mme Malais s'efforça de recevoir Mévil comme elle avait reçu Fierce. Mais le beau docteur baisa son poignet au lieu de ses doigts, et elle perdit contenance; car c'était vrai qu'elle avait peur de lui, une peur angoissée qui était peut-être bien une façon d'amour. Très honnête et gardée habilement par son mari de la contagion perverse de Saïgon, elle s'épouvantait qu'on osât l'assiéger, et tremblait de donner prise à l'adversaire; en outre, une secrète honte la désolait de ne point sentir, au fond d'elle-même, assez d'indignation véhémente contre cet audacieux qui la poursuivait.

Mévil prit avantage de son trouble, et la caressa de phrases câlines, tandis qu'ils suivaient Fierce vers les aréquiers;—elle se troubla davantage. Mais il se tut soudain: Marthe Abel s'approchait d'eux. Il pâlit beaucoup, s'inclina devant la jeune fille, balbutia trois mots, dut battre en retraite;—tout cela en un clin d'œil.—Soulagée de sa peur, Mme Malais pressa la main de Marthe. La jeune fille étonnée suivait des yeux le fuyard.

Mévil cependant se ressaisissait, avec une colère contre lui-même. Il fit un furieux effort, vint au cercle des causeurs, et, se piquant au jeu, fut éblouissant d'esprit. Une fois de plus, la frivolité fluide de son caractère le servait; toutes les femmes l'écoutèrent. Fierce fut éclipsé.

Par une obscure pudeur, lui, allant à celle qu'il cherchait,—Sélysette Sylva,—s'était d'abord détourné pour saluer des indifférents. Mais sitôt quelques paroles dites et quelques mains baisées, il avait, comme au hasard, choisi une chaise près d'elle. Mlle Sylva tenait encore sa raquette; ses joues étaient pourpres et son front moite; elle tendit joyeusement sa main chaude et gronda:

—«C'est comme cela que vous arrivez de bonne heure! J'ai déjà perdu une partie sans vous.»

Il la contemplait, enivré de sa grâce et de sa jeune force. Confusément, il sentit qu'un grand fossé les séparait,—lui, le civilisé amer et sceptique, elle, la petite fille à l'âme fraîche. Il s'en attrista. Elle riait de bon cœur avec lui; mais il la vit s'interrompre pour écouter un bon mot de Mévil; et il sentit une angoisse jalouse lui sécher la gorge. Les ironies de Torral traversèrent alors sa pensée: amoureux? Il s'interrogea, plein de trouble, et ne sut d'abord pas lire en lui-même.

On retournait au tennis. Mlle Sylva, gamine, frappa le filet de sa raquette:

—«Je parie que vous ne sautez pas!»

Il oublia Torral.

—«Et vous?