Ils se séparèrent. Mme Ariette retrouva son mari dans le salon de jeu.
—«Ma poche est déchirée, dit-elle, voulez-vous me garder ma bourse?»
L'avocat couleur de citron prit négligemment la bourse,—et baisa la main.
Raymond Mévil cependant poursuivait la robe verte. Elle passa dans l'embrasure d'une fenêtre éclairée; ce n'était pas Mme Malais. Déçu, le docteur chercha au fond du parc.
Sur un banc isolé,—mais point obscur,—il vit un couple assis, silencieux;—Mlle Sylva et Fierce. Une jalousie triste le perça comme une épée.
Il marcha plus vite dans l'allée déserte. Contre un arbre, un homme s'adossait, qui le heurta au passage. Mévil, étonné, reconnut Claude Rochet le journaliste, qui, pour un soir, avait laissé son bouge ignoble du quartier Boresse. Il ricanait de sa bouche gloussante; il trébucha pour ramasser un gant échappé de ses mains,—un gant de femme: Mévil aperçut les boutons multiples. Un flirt à Rochet, cette brute tombée en enfance, riche à millions, il est vrai ...—Mévil, mordu de curiosité, courut jusqu'au bout de l'allée; mais là, plusieurs femmes et plusieurs cavaliers bavardaient en groupe, Marthe Abel au milieu de leur cercle. Beaucoup de mains étaient nues.—Mévil oublia Rochet.
Plus tard, il joignit Mme Malais dans un salon vide. Il avait renoncé à obtenir de Marthe un tête-à-tête: elle dansait sans relâche, son carnet de bal plein et toutes les casquettes retenues.—La marquise blonde, très belle dans sa robe Louis XVI, retouchait ses cheveux devant une glace; elle vit soudain Mévil derrière elle, tout proche, et elle se retourna comme effrayée.
—«Je vous fais peur?» dit-il, très respectueux. Elle s'efforça de sourire.
—«Non; mais j'ai été surprise.... Il est bien tard, et je cherche mon mari pour rentrer.
—Pas avant de m'accorder un tour de parc?»—Il suppliait.—«Rien qu'un tour; je ne vous ai pas baisé la main de tout ce soir, et je ne suis ici que pour vous.»