Les obus tapent partout. C'est la fête féroce du feu et de l'acier. Le pont du 412 qui sombre n'est plus qu'un décombre rouge, où des lambeaux de chair huilés de sang commencent à frire dans la flamme.
—Or, à la fanfare insolente et triomphale des canons se mêle un coup mat, funèbre comme la première pelletée de terre jetée sur un cercueil. Une gerbe d'eau jaillit au flanc du cuirassé;—et puis plus rien. Mais, comme si quelque foudre inouïe pulvérisait les canonniers sur leurs pièces, les canons, tous ensemble, se taisent, bâillonnés.
Et dans le silence soudain, une immense clameur d'agonie s'élance du cuirassé frappé à son tour, et monte dans la nuit,—épouvantable.
XXXV
La revanche.
La torpille a frappé le cuirassé par le travers de ses chaufferies milieu, au-dessous du blindage de ceinture,—à douze pieds plus bas que la flottaison.
Un déclanchement simple et précis comme une sonnerie d'horloge: la pointe percutante recule et heurte le détonateur au fulminate; le fulminate brûle et enflamme la charge,—soixante-quinze kilogrammes de coton-poudre qui éclatent sous le navire, comme une mine sous un rocher. Cela ne fait pas beaucoup de bruit, à cause de la couche d'eau qui assourdit.
Dans la tôle, un trou se découpe, comme à l'emporte-pièce,—un trou haut de quatre mètres, large de sept. Le métal pulvérisé disparaît. La mer entre.
Dedans, c'est le double-fond,—un rempart de compartiments-étanches, pareils aux cellules d'une ruche. Tout s'écrase et se déchiquète; la tôle interne, crevée comme du papier, s'effiloche; et cela fait un second trou, un trou-soupirail ouvert sur les soutes à charbon, lesquelles ceinturent les chaufferies d'une cuirasse noire. La mer passe et noie le charbon.