Un rayon du soleil déjà bas le frappa au visage. Il inclina son casque, et machinalement regarda autour de lui. Un écriteau nommait la rue,—rue des Moïs;—les Moïs sont une ancienne peuplade indo-chinoise.—Fierce vit deux rangs de vieux arbres, et des jardins en bordure. Les maisons s'isolaient, clairsemées. La plus proche était une villa de style annamite, large et basse, avec des murs de briques et un toit surplombant; une grande véranda d'ébène se cachait derrière un rideau de vigne vierge; des banians très hauts jetaient leur ombre par-dessus les tuiles vernissées.

Une victoria attendait à la porte. Un boy tout petit tenait les chevaux sages, des chevaux de jeune fille ou de vieille dame. La rue, la maison, la voiture, et le jardin grave et joli qu'on apercevait dans la grille ouverte, s'accordaient pour une harmonie exquise de simplicité et de paix.

Fierce pensa: «Il doit faire bon vivre là-dedans,—à l'abri de toutes nos saoûleries et de tous nos ruts....

Il s'était arrêté près de la grille. Deux femmes sortirent de la maison; et Fierce sentit un secret déclic jouer dans sa poitrine, se comme une détente d'arme; Mlle Sylva venait à lui, guidant vers la victoria une dame à cheveux blancs dont les pas tâtonnaient.

Une aveugle; sa mère, évidemment;—un doux visage pâle et souriant, très beau malgré les paupières closes.

Mlle Sylva, attentive et tendre, porte les deux ombrelles et un manteau léger pour le crépuscule. L'aveugle monte en voiture: la jeune fille l'aide et l'installe, puis, se retournant, aperçoit l'officier à quatre pas d'elle.

—«Monsieur de Fierce!»

Une exclamation de franc plaisir. La petite main rapide se tend grande ouverte. Il y a présentation.

—«Maman, c'est l'aide de camp de M. d'Orvilliers. Monsieur, maman vous connaît déjà très bien, je lui ai énormément parlé de votre bateau,—et de vous....»

Fierce s'incline bas. Mlle Sylva ne songe plus à monter en voiture. Elle babille joyeusement, très contente de retrouver le cavalier qui lui a plu. Mme Sylva, qui juge la rue incorrecte en tant que salon, veut se lever pour recevoir le visiteur dans la villa.