—«L'année d'après. J'étais veuve et ma fille déjà grande; son tuteur fut nommé gouverneur à Saïgon; nous l'avons suivi. Et j'ai bien fait, puisque, six mois plus tard, mes yeux déjà bien malades se fermaient tout à fait. Une maman aveugle, un tuteur absent,—ma pauvre Sélysette serait morte d'ennui, là-bas....»

Fierce regarde les cheveux blancs et le visage sans rides. Ainsi donc, en très peu d'années, tout le bonheur de cette femme s'est écroulé, fauché comme un épi mûr; elle a perdu son mari, sa maison, sa patrie, et la douce clarté du jour. Elle sourit cependant; tant d'amertumes n'ont pas aigri son courage; et pour l'amour de sa fille, elle a su refouler toutes ses larmes, stoïquement....

—«Quand j'étais petite ...»

Mlle Sylva conte des souvenirs enfantins et jolis. Fierce revoit, au fond de sa mémoire, son enfance à lui, triste et sèche. Sa tendresse croit pour cette confiante fille qui lui ouvre avec tant de grâce sa cassette à confidences.

... Les magnolias, plus odorants dans la brune;—l'arroyo et le petit pont, dont les briques roses son maintenant grises;—le jardin, où les éléphants barrissent dans leurs cages;—on rentre en ville....

—«A bientôt, n'est-ce pas? à très bientôt?

—A demain, si vous le permettez.»

Il s'en retourne à pied, dans la nuit scintillante. L'air tiède est étrangement vivifiant.

Rue Catinat, Torral le hèle

—«Ce soir, à Cholon?»