Puis des trompettes sonnèrent, annonçant qu'il était l'heure d'aller souper,—d'aller manger un peu et d'aller boire, d'aller se griser à moitié, pour revenir ensuite et continuer la fête, plus folle d'heure en heure, jusqu'au grand jour....

La salle se vidait, non sans tumulte et bagarre. Les couloirs engorgés retenaient une foule dense qui piétinait sur place et s'écrasait. Le vestiaire pris d'assaut ne suffisait plus à la distribution des manteaux et des sorties de bal. Et force gens découragés prenaient le parti de s'en aller tels quels, nu-tête, sans châle, ni foulard, ni mantille, vers le restaurant, proche d'ailleurs. Dans la rue, des femmes couraient, la gorge au vent....

L'Estissac, prévoyant, avait, longtemps d'avance, été quérir la pelisse de Jannik. Et la jeune femme, dûment emmitouflée, attendait, dans la loge infernale, que le passage fût à peu près dégagé.

Mais, comme cela tardait, le duc eut une idée:

—Nous sommes idiots! Passons donc par le bar!... Je parie que de ce côté il n'y a pas un chat.... Et les barmen nous ouvriront la porte de derrière....

Il n'y avait pas un chat, en effet; mais il y avait une chatte: Jannik, traversant la petite salle vide, avisa, sur l'un des tabourets, une femme immobile, dont le visage caché s'enfonçait au creux de son coude....

—Hein? mais ... est-ce que je me trompe?... On dirait Célia?...

La tête baissée se releva, et Jannik vit les deux grands yeux noirs baignés de larmes.

—Allons, bon!... La voilà qui pleure!... Voulez-vous bien sécher ça, et vite, vite, vite!... Voyons, mon pauvre petit ... quoi?... vous avez eu des malheurs?...

Célia esquissa un geste vague. Puis, comme Jannik très tendre l'entourait de ses bras, elle avoua, honteuse comme d'un crime: