—Bon!—fit la marquise, soulagée du poids des décisions à prendre.—Bon!...

Et elle appela:

—Chasseur!... Une voiture!... et nos bottines!...


A force de torrents et de cataractes, les nuages furent vides. Et, tout d'un coup, vers minuit, le ciel se dégagea. Cela se fit avec la promptitude qui est de règle en Provence. Le mistral se leva sans qu'on sût pourquoi, et nettoya le firmament plus vite qu'une servante zélée ne nettoie un plafond à coups de tête de loup. L'instant d'après, une lune neigeuse régna parmi dix mille étoiles, qui toutes scintillaient comme autant d'émeraudes, de saphirs, de rubis balais et de diamants.

A la Pintade, on avait commencé le réveillon. Les habitués arrivaient, par petits groupes successifs. Un soupeur solitaire, s'attablant, félicita le patron accouru à ses ordres:

—Vous en avez, une de ces veines! Voilà le beau temps, juste à point pour engager les gens à venir chez vous!

Mais le Pintadier,—comme le surnommait familièrement toute la ville,—se défendit d'avoir la veine dont il était question:

—Eh non! capitaine!... jamais de la vie!... A présent c'est trop tard! Ceux qui sont rentrés chez eux, «ils ont passé le pyjama et l'espadrille»!... Vous ne voudriez pas les faire rendosser le veston et le soulier!... Et ceux qui se sont couchés avec «la petite», alors donc? C'est-il vous qui les tirerez par les pieds, pour qu'ils viennent?

De fait, force tables demeuraient vacantes. Et l'on faisait bien quatre fois moins de bruit qu'il n'est d'usage en pareille occurence. Le réveillon ne s'annonçait guère plus considérable que n'importe lequel des soupers ordinaires. Et le Pintadier s'en désespérait: