—Alors,—acheva Célia, le front vers la terre,—alors, il faudra bien que je lui dise oui, à cet homme ... puisqu'il faut dire oui, ou aller en prison....

Ils étaient en face l'un de l'autre, la table entre eux. Et ils évitaient de se regarder, comme s'ils avaient l'un et l'autre craint de se découvrir leurs pensées secrètes.

De nouveau ils se taisaient. Elle avait tout dit. Il n'ignorait plus rien. Il semblait réfléchir. Elle n'osait pas relever la tête vers lui, quoiqu'elle guettât ses paroles anxieusement ... anxieusement, mais sournoisement aussi: car, tout de même, elle se doutait bien un peu.... Et, déjà, elle pleurait moins fort....

Rabœuf, cependant, appuyait soudain ses deux poings sur la table, du geste d'un homme qui prend un parti:

—Bah!—dit-il.—En prison?... Vous?... Quelle plaisanterie!... Comment? c'est pour ça, cette désolation?... Petite folle! voulez-vous me sécher ces yeux-là, et vite!... En prison! mais vous ne comprenez donc pas qu'il serait arrêté le même jour que vous, comme complice, votre Céladon? D'ailleurs, de toutes manières, soyez tranquille, je prends l'affaire à mon compte, et je vous garantis que le monsieur filera doux.... Je le connais. Nous sommes une paire de très vieux amis, lui et moi.... Nous avons failli jadis aller ensemble en correctionnelle,—moi comme témoin.—Et dès que j'aurai eu le plaisir de causer cinq minutes avec lui ... de lui rappeler tous ces bons souvenirs ... je vous certifie que vous n'en entendrez plus parler de longtemps.... A présent....

Il s'interrompit, et passa lentement sa main sur son front.

—A présent?—répéta Célia.

Il hésita. Puis:

—Oui,—dit-il:—à présent, vous n'en restez pas moins face à face avec le sieur Merdassou. Et, par le fait même que vous êtes libre de lui répondre: non, vous êtes également libre de lui répondre, en toute indépendance: oui.

Elle ne comprit pas. Elle demanda: