La rue toulonnaise était tout obscure et déserte. Aux tas d'ordures des deux ruisseaux, les chats et les rats soupaient par petites tables fraternelles.

Dans le silence léthargique qui pesait sur la ville, un pas résonna, lointain. Au bout de la rue, une silhouette brune émergea de l'ombre, et fut visible dans la flaque lumineuse répandue au pied d'un réverbère. Le pas se rapprochait, martelant le gros pavé. Un second réverbère éclaira la haute stature, les épaules larges et la barbe assyrienne d'Hugues de Guibre, duc de la Masque et L'Estissac....

La maison de Mandarine, noire du seuil au toit, montrait sa porte étroite entre ses fenêtres à grilles. Le duc s'arrêta devant le volet rituel, et, le bras passé entre deux barreaux, frappa d'un doigt. Et l'huis s'ouvrit beaucoup plus promptement qu'il n'était d'usage. Sans doute la venue du visiteur était-elle guettée.

La minute d'après, au seuil de la fumerie,—pleine, comme d'habitude, de gens qui ne fumaient point,—L'Estissac, rejetant sa pèlerine flottante, apparaissait scintillant d'or dans sa grande tenue de cérémonie: redingote galonnée, épaulettes, sabre, et longue brochette de croix barrant toute la poitrine. Du creux des nattes, une voix,—la voix rauque et douce de Mandarine,—admira:

—Dieux! que vous êtes beau!

—Dame!—fit le duc, imperturbable,—naturellement!...

Le kimono de soie brodée se souleva, et la petite lampe à verre renflé y sema des reflets chatoyants:

—Alors?... c'est fait, tout de bon?... célébré?... et vous arrivez de là-bas?...

—Oui.

Cette fois, des quatre coins de la fumerie, douze questions posées ensemble, se confondirent: