Mais L'Estissac, soudain pensif, se souvint d'un temps où Lohéac de Villaine, clown de cirque ou portefaix sur les gladiateurs du Rhône, ne riait pas,—ne riait jamais.—Lui, L'Estissac, en ce temps-là, avait désespéré de jamais découvrir un remède à l'incurable ennui qui rongeait cet homme.—Ce remède, Mandarine, fille de Ninon de Lenclos, l'avait-elle trouvé?...


Vêtu d'étoffe ample, selon l'ordonnance du lieu, et, confortablement allongé parmi l'assistance nombreuse, un coussin de paille de riz sous son coude, L'Estissac commençait le récit tant réclamé:

—Or donc, ce jourd'hui, 21 mai 1909, Leurs Excellences MM. Marius Agantanière, conseiller municipal, conseiller général, adjoint au maire de cette ville, et l'abbé Santoni, premier vicaire à l'église Saint-Flavien du Mourillon, ont célébré, chacun en ce qui le concerne, le mariage légitime du docteur Rabœuf, notre ami, et de mademoiselle Célia, notre amie.—Moi, L'Estissac, eus l'honneur d'être témoin officiel de l'une et de l'autre cérémonie, la civile et la religieuse. Et je puis me porter garant de l'exacte légalité et de l'irréprochable correction qui furent observées dans celle ci comme dans celle-là.—Célia, ce soir, s'appelle madame Joseph Rabœuf.

—Au fait,—interrompit quelqu'un,—comment s'appelait-elle ce matin?

L'Estissac haussa une épaule:

—Elle s'appelait mademoiselle Alice Dax, ce qui d'ailleurs ne présente aucun intérêt, sauf pour elle.

Elle n'avait pas de parents?

—J'ai lieu de croire que si: on est toujours la fille de quelqu'un, c'est Brid'oison qui l'a dit. Mais ses parents n'ont en l'occurrence pas donné signe de vie, sauf pour fournir à qui de droit les actes de consentement obligatoires.

—Maintenant, racontez!... Il y avait beaucoup de monde?...