Il y avait maintenant quinze jours que Célia était amoureuse du petit aspirant Bertrand Peyras.

Amoureuse tout de bon, et jalouse. Bertrand Peyras, d'ailleurs, taquin comme un moustique, ne négligeait aucune occasion de larder à vif cette jalousie toujours prompte à s'enflammer. A ce jeu très peu charitable, il goûtait un plaisir qu'il dissimulait mal.

Naïve à vingt-quatre ans comme elle avait pu l'être à douze, Célia donnait immanquablement dans chaque panneau, et, dix fois de suite, la même agacerie du gamin la dressait sur ses ergots, crispée, rageuse:

—D'où viens-tu, à sept heures au lieu de cinq?

—Mon autre maîtresse ne voulait pas me laisser partir....

Elle n'allait pas jusqu'à croire des horreurs pareilles. Mais, tout de même, elle endêvait ferme. Et puis, au fond, elle n'était pas tellement sûre.... Avec un homme, sait-on jamais?...

Et, quand enfin le gamin l'embrassait, elle, avant de lui rendre son baiser, flairait d'abord passionnément l'odeur familière de la moustache, des cheveux, des mains mêmes, pour bien vérifier qu'une autre odeur ne fût pas mêlée à cette odeur-là....

Il avait pourtant l'air d'aimer sa maîtresse, ce gosse. Sans doute la tourmentait-il du soir au matin et du matin au soir. Mais c'était en sa qualité de gosse, de sale gosse sans raison ni pitié. Et cela ne l'empêchait pas de la câliner très délicatement, du matin au soir et du soir au matin, avec les mêmes façons moitié folles et moitié tendres dont il l'avait ensorcelée, le premier jour. L'ensorcellement n'était pas près d'être brisé.

—Je t'aime,—avait-elle dit une fois,—je t'aime parce que tu ressembles à quelqu'un que j'ai connu autrefois, et qui m'a fait tout le mal imaginable.

—Moi,—avait-il répondu,—je t'aime parce que tu ne ressembles à aucune autre....