A la Pintade, la salle ressemblait à n'importe quelle salle de brasserie. Tous les habitués de toutes les «Munich», de toutes les «Strasbourg», de toutes les «Alsaciennes» et de toutes les «Lorraine» s'y seraient crus chez eux, dès le seuil franchi. Chez Margassou, c'était l'hôtellerie de province, claire et nue, avec des rideaux blancs aux fenêtres. Célia, au commencement, avait allongé des moues dédaigneuses. Ce n'était plus Paris....

Mais elle s'était souvenue d'une parole de Riveral:

—C'est autre chose ... peut-être est-ce mieux.... Et bientôt elle avait compris.

La première explication lui avait été fournie sans tarder, la première fois qu'elle était entrée, au bras de Peyras, dans l'une de ces auberges obligatoires,—les seules de Toulon;—c'était chez Margassou, cette fois-là. A l'une des tables proches de la porte, un homme à cheveux blancs, d'assez haute mine, était assis déjà. En passant, Célia avait regardé cet homme. Et cet homme, rencontrant ce regard et apercevant l'aspirant, s'était soulevé de sa chaise pour saluer le couple, courtoisement.

—Qui est-ce, ce vieux?—avait demandé Célia.

La réponse l'avait confondue:

—Ce vieux, ma chère? c'est le vice-amiral Felte, commandant en chef l'escadre de la Méditerranée Occidentale et du Levant....

Elle n'avait plus soufflé mot d'un grand quart d'heure. Ses yeux ahuris ne quittaient pas l'homme à cheveux blancs, qui continuait, le plus paisiblement du monde, de pignocher un très simple repas. Force gens entraient et sortaient, officiers pour la plupart, quoique presque tous vêtus d'habits civils. Tous, avec grand respect, s'inclinaient en passant près de l'amiral. Et à tous, l'amiral rendait un cordial sourire, sans jamais manquer de prévenir le salut, lorsqu'une femme accompagnait l'officier....

—Enfin, quoi!—avait fini par murmurer Célia;—cet amiral-là?... est-ce qu'il nous prend pour des femmes mariées?

L'aspirant, bouche ouverte, avait écarquillé les yeux: