Depuis déjà plusieurs nuits la lune rousse brillait au firmament de la villa Chichourle.

Malgré ses honorables résolutions, Bertrand Peyras continuait d'être l'amant—le seul amant—de Célia. Et décembre était vieux de dix-neuf jours. La solde touchée le 1er du mois n'était donc plus qu'un souvenir,—très vague.—Et toute l'ingéniosité de l'aspirant ne suppléait pas à ce vide absolu de toutes ses poches.

Sitôt le dernier louis envolé, Peyras avait bien tenté la loyale rupture prévue dès l'origine. Mais Célia, chaque jour plus amoureuse que la veille, avait jeté des cris d'écorchée:

—Tu me quittes pour une autre femme!

Il s'était d'abord moqué d'elle, selon le rite régulier:

—Oui, mon enfant! Je te quitte pour une autre femme, pour une femme très riche, qui m'entretiendra sur un pied luxueux....

Mais, jalouse jusqu'à la frénésie, Célia ne goûtait pas les railleries. Elle coupa celle-ci par une crise de nerfs, et Peyras effaré dut promettre de revenir, «en camarade», de revenir «encore deux ou trois fois»....

—Après-demain, là!...

—Oh! demain!... je t'en prie!... demain!...

Il était revenu demain, puis après-demain, puis les jours suivants.... Et, bien entendu, on avait été camarades, camarades de lit.