Achmet demanda:

—Ce moyen?

Souléïman embarqua tout à fait, lâcha l'épaule de son ami et s'étendit sur le voile impérial. Alors, sans se retourner, il prononça:

—Ce moyen réside en la personne d'un serviteur d'entre mes serviteurs. Ce serviteur est pacha, ce pacha est amiral ... et je l'ai nommé mon ami.

Honoré de telle sorte, Achmet Djemaleddine ne demanda plus rien et répondit seulement par l'obéissance.

Dans l'instant, les caïkdjis pesèrent sur le manche renflé des avirons; et le caïque jaillit du perron, telle, de l'arbalète, une flèche. Souléïman donna un regard en arrière et, dégrafant de sa poitrine une étoile toute de diamants, la jeta vers Achmet:

—Prends,—dit-il:—c'est l'Ehrtogrul.

Et le pacha Achmet, comme jadis le page Achmet, s'agenouilla pour agrafer sur sa poitrine l'Ordre Sacré réservé aux seuls sultans ... aux sultans, et, quelquefois, à ceux de leurs sujets qui, plus grands et plus saints que les sultans mêmes, ont sauvé l'Islam ou l'Empire.

Messires, messeigneurs, en si troublante occurrence, pensez-y bien!... et, comme disait mon grand-père le Turkmène, dont la grand'mère venait des lointains royaumes de la Chine: pensez-y à droite et pensez-y à gauche!—à la place du pacha Achmet, tous qu'auriez-vous fait?

Vous ne savez? Par bonheur, moi, chétif, je sais ... encore qu'Allah sache assurément mieux que moi!... Je sais, parce que Achmet Djemaleddine lui-même me l'apprit, non pas certes de sa propre bouche, mais par la bouche du chanteur de contes, mon père, lequel me chanta jadis ce que je vais vous chanter aujourd'hui: