... Un harem. Tout à l'heure, j'entrerai dans un harem; et l'aventure sera beaucoup moins périlleuse que jamais je n'aurais imaginé.... Tant pis, d'ailleurs!...

L'amour d'une femme turque, quelle impossibilité, s'il fallait en croire tout ce qu'il y a dans Constantinople de diplomates et de financiers!—«Hein, vous dites? un Frank, amant d'une Turque?... Mais, mon cher, à quoi pensez-vous! c'est folie, folie pure et simple.... L'histoire d'Aziyadé? fable, vanterie!... Voyons, réfléchissez: nous, les Européens établis à Constantinople, nous qui ne passons pas, comme vous, nous qui restons! eh bien, avons-nous des Turques pour maîtresses?...» Parbleu! ils fuient Stamboul et l'Asie: ils s'emprisonnent dans leur Péra, ils n'en sortent jamais; ils y vivent entre eux, cloîtrés: et la vraie Turquie leur est plus étrangère qu'elle ne m'était avant mon départ de France. Certes, plus étrangère! J'ai entendu, de cette oreille-ci et de celle-là, un premier drogman d'ambassade, citoyen de Constantinople depuis plus de vingt-cinq ans, m'affirmer avec une entière candeur que, dès le coucher du soleil, nulle maison de Stamboul n'avait le droit d'éclairer une seule de ses fenêtres donnant sur la rue! Il m'affirmait cela à moi, qui, quatre fois par semaine, vais, minuit sonnant, boire mon café parfumé d'ambre, devant la mosquée de Mahmoud pacha, laquelle est au cœur de Stamboul. Il y a là de grands platanes, d'où pendent des lanternes on ne peut plus claires; et quelque deux cents vieux Turcs y fument leurs narghilés, sans nul souci de l'heure tardive.

Bonnes gens de Péra! ouvrez vos longues oreilles! tout à l'heure, moi, simple passant sur votre sol, je serai seul à seule dans son haremlick, avec mieux ou pis qu'une femme turque! avec une jeune fille, fille d'un iman.


Plus qu'un soupçon de crépuscule au-dessus des collines d'Europe....


—Pauvre petite! C'est très mal, ce qu'elle fait là. Dans le haremlick, un Infidèle, un mécréant, un giaour! Mais, est-ce bien sa faute? Elle en a tant vu, des giaours, dans la rue, en caïque, en voiture, partout.... Et elle a vu aussi, partout, leurs femmes—des femmes sans voile, sans pudeur, sans haremlick—honorées quand même, saluées, respectées!—Elle n'y comprend plus rien, elle brouille tous les principes. Où est le bien, où est le mal? On ne sait plus....


O Mehmed pacha I vous m'aviez très bien expliqué ces choses....

Nuit noire. Allons, c'est l'heure dite. Il ne faut pas qu'une petite fille attende trop longtemps dans un jardin nocturne, où, sûrement, rôdent des fantômes....