Ce dernier acte de mes exploits avait pour théâtre le Bézestin, qui est la halle aux enchères du Bazar. Justement, une vente à l'encan commençait. On dispersait toute une collection d'armes kurdes, arabes ou persanes,—des pistolets damasquinés, des yatagans en croissant de lune et de longs mousquets criblés de turquoises et de grains de corail.

Je m'approchai, et, tout de suite, je fus séduit par un adorable petit poignard, qui semblait bien plutôt un bijou qu'une arme. Je l'achetai; et ce me fut une véritable surprise de constater, quand je l'eus en main, que cette mignonne chose à manche de jade, à lame niellée d'or et d'argent, était une dague très sérieuse, aiguë et robuste, parfaitement propre à tuer....

La vente continuait par des lots de vêtements turcs. Je voyais étaler et retourner des cafetans de toutes les couleurs, et aussi des châles, des féridjés, des écharpes, des tcharchafs....

Une fantaisie me passa par la tête. J'avais avec moi mon guide ordinaire. On ne peut guère s'épargner un guide dans le Bazar, à moins d'avoir beaucoup d'heures à perdre. Mon guide à moi s'appelle Astik et il sait économiser les minutes.

—Astik,—dis-je,—je veux acheter un costume de dame turque, un costume complet.

Il ne s'étonna même pas. Les touristes, ses clients habituels, l'ont cuirassé contre l'étonnement. Tout de suite, il se lança dans les enchères.

Un quart d'heure après, c'était chose faite; j'avais mon costume pour quatre livres, deux medjidiés, quinze piastres:—«prix excellent, effendim!»—Un costume pas vilain du tout, et vraiment complet, complet jusqu'à l'ombrelle et jusqu'aux babouches.

Astik alors, toujours imperturbable, me toisa d'un œil de tailleur et m'affirma que c'était «juste ma mesure».

Ce sera mieux encore la mesure d'un mannequin d'osier qui, dûment habillé et voilé en hanoum, me tiendra merveilleusement compagnie, dans ma maison de Kara-Goumrouk.