[XXXV]

28 novembre.

Arif, Osman, yavâch!

Ils rament trop vite. Je ne veux rien perdre de ce Bosphore, sanglant sous le soleil du soir.

... Hier, il pleuvait encore. J'ai longuement erré par Stamboul, cherchant un peu de calme dans les rues plus désertes que jamais. Les minarets fouettés par l'averse semblaient vouloir percer les nuages pour atteindre le ciel bleu.

Aujourd'hui, les nuages sont fondus. Il n'en reste rien que cette brume blonde qui toujours flotte sur Constantinople comme une mousseline de soie jaune. Et j'ai pris mon caïque pour jouir de ce dernier jour d'été, au seuil de l'hiver. Peut-être le Bosphore si doux mettra-t-il en moi sa sérénité....

—Pourquoi, pourquoi, pourquoi a-t-elle fui, avant-hier?

Mes caïkdjis m'ont conduit très loin. Nous suivions la rive d'Europe. Les villages, aux vieilles maisons violettes comme un sous-bois d'automne, ont défilé un à un: Ortakeuy avec sa mosquée svelte, couleur de neige; Couroutchesmé où mouillent les bateaux; Arnaout-keuy bâti sur une pointe; Bébek, au fond d'une baie; Rouméli-Hissar, où le Conquérant planta ses premières tours, toujours debout après cinq siècles—et Boyadjikeuy, et Sténia, et Yénikeuy, où j'ai reconnu l'hospitalière maison des Kolouri....

Plus loin, ç'a été Thérapia. Nous avons dépassé le palais de France, désert à présent. Le vent d'hiver se promène déjà dans le parc. Mais les arbres antiques luttent encore pour conserver leurs splendides toisons rousses de novembre....