—Vous prendrez du thé, n'est-ce pas, monsieur?
—Non ... miss Edith.
(J'ai dit: miss, résolument. C'est d'une impertinence folle: elle est fille de earl, donc lady. Il faut l'appeler lady Edith. Je ne l'ignore pas, j'ai vécu quinze mois à Londres. Mais elle n'est pas forcée de connaître ma biographie. Et puis, si elle la connaît, tant mieux!...)
Et je me retourne vers lady Falkland.
—J'aime beaucoup le thé, mais seulement le thé de Chine ou de Perse, les trois gorgées d'eau parfumée qu'on boit sans sucre, sans crème, sans cake, sans toast.... Et quant à la dînette anglo-saxonne de five o'clock, je n'ai jamais pu m'y faire. Je suis un bébé trop vieux pour goûter entre mes repas.
Lady Edith plisse sa lèvre mince. Lady Falkland rit.
—Oh! vous trouverez du thé persan dans tous les petits cafés de Stamboul. Et il est délicieux. Mais, en attendant, je veux vous faire essayer quelque chose de turc: une don-dourma. N'ayez pas peur, ce n'est pas exagérément nutritif....
—Mary, vous êtes malade!... vous allez infliger au colonel cette sale mixture que vend le marchand des rues?
J'interviens vigoureusement:
—Le helvadji?... madame, quelle idée charmante! Figurez-vous que j'adore toutes ces petites choses sucrées que les enfants grignotent....