Elle sonne. Une femme de chambre grecque entre, écoute l'ordre de sa maîtresse, et s'en va, non sans un regard interrogateur vers lady Edith. Ah çà? Est-ce qu'il faut que lady Edith ratifie?
La don-dourma ne vient pas tout de suite. Et le helvadji me fait songer aux Eaux Douces.
—Madame, si l'on vous en priait beaucoup, feriez-vous venir le beau petit garçon que j'ai tant admiré l'autre jour, dans votre caïque?
Elle s'épanouit, toute joyeuse:
—Vrai, cela vous fera plaisir? Oh! je veux bien.... Attendez.
Elle est déjà dehors, prompte comme une bergeronnette. Étrange femme! Par moments je ne lui donnerais pas vingt ans; quand elle rit, quand elle court; sa jeunesse alors jaillit de tous ses gestes, et la transfigure. Mais la seconde d'après, le sceau lourd de la mélancolie retombe sur elle et l'écrase; elle apparaît soudain morne, lasse, vieille.... Trente ans? davantage? On ne sait plus.
La voici, poussant l'enfant devant elle. Solennel, gentleman déjà, le petit vient me tendre sa menotte. Il est joli. Sa mère lui a donné ces longues boucles brunes, et ce teint mat, et cette bouche charnue. Mais les yeux gris, déjà fixes et froids, reflètent l'Écosse, et ses lacs, et ses brumes. C'est un Falkland, ce bébé. Et j'ai peur que plus tard, il ne fasse, lui aussi, pleurer les pauvres yeux qui le regardent avec tant de tendresse, tant d'adoration....
La don-dourma, c'est une sorte de glace dont la pulpe feuilletée crisse sous la langue. C'est très bon, et je ne suis pas seul de cet avis: le marmot, apprivoisé, accepte sans façon la moitié de ma soucoupe. Lady Falkland en rit, et lady Edith, une fois de plus, plisse une lèvre mécontente. Ce n'est sans doute pas son opinion de gâter les enfants.
... Il y a bien longtemps que je suis là, et le jour baisse.
—Vous partez déjà? vous savez qu'à la campagne, les longues visites sont de rigueur.