—Mon Dieu! quatre heures déjà. Allons, vite en route....

Je m'inquiète:

—A quelle heure part donc le dernier chirket? Il faut que vous retourniez à Canlidja?

—Naturellement, il le faut. Le dernier bateau part à douze heures quinze ... à peu près six heures et quart à la franque, aujourd'hui. Encore ne toucherait-il pas à Canlidja: il suit la côte d'Europe.

—Mais alors?

—Alors, j'irai à Yénikeuy, et je traverserai en barque. J'arriverai très tard, et je n'aurai guère qu'un quart d'heure pour m'habiller. Vous savez que nous dînons toujours décolletées à la maison.... Un quart d'heure, je ne pourrai pas. On commencera sans moi, et quand je ferai mon entrée, on m'accueillera par des mots désagréables. Mais j'ai prévu tout cela dans mon programme d'aujourd'hui: donc inutile de vous apitoyer.

Nous trottons, et le Sélimié-Djamï est déjà loin. Devant nous, les éternelles petites rues s'allongent, plus villageoises que jamais. Maintenant, les maisons s'espacent davantage, séparées par des jardins.

—J'espère bien, murmure lady Falkland, que nous trouverons une voiture à Edirneh-Kapou....

Edirneh-Kapou,—la porte d'Andrinople,—la voici précisément: une grande voûte délabrée, qui perce une maçonnerie énorme, mal entrevue derrière beaucoup de maisons à boutiques, entassées. Nous passons sous la voûte. Des soldats, assis au seuil d'un corps de garde, contemplent leur petit jardin où poussent des soleils et des volubilis.

Dehors un chemin de ronde, un fossé, un talus, toutes ces choses tellement anciennes qu'on les distingue à peine les unes des autres. Et, au delà, une plaine vallonnée, plantée de cyprès, immense, indéfinie....