—Je vous rends grâce, monsieur Carazoff. Mais je ne plaisante pas. Six livres me paraissent un juste prix....

—Juste prix!... Ne parlons plus de cela, madame. Il ne faut pas donner à monsieur le colonel, que voilà, de fausses idées sur la valeur des choses. Exactement, cette perle me coûte, à moi, vingt-deux livres. Je vais vous montrer mes papiers d'achats....

—N'en faites rien, monsieur Carazoff. Vos papiers sont écrits en persan, et je ne sais pas lire cette langue poétique. Mais je vois que nous ne ferons pas affaire ensemble aujourd'hui. Car je n'ai absolument que sept livres dans ma bourse....

—Il y a, marqué sur le papier d'achat, vingt livres. Je songeais, pour prix de ma peine, à gagner le dix pour cent. Mais il faut y renoncer. La vie est devenue bien dure pour les marchands. N'importe. Mon grand-père vendait à votre grand'mère, et je sens, en y réfléchissant bien, que ce bénéfice pris sur madame Érizian m'aurait porté malheur. Voici la perle. Elle est à vous. Un cadeau. Vous ne me paierez que les vingt livres turques.

—Oh non! c'est tout à fait impossible. J'ai dit huit livres. Et vous savez que les Arméniennes ne cèdent jamais d'une piastre....

—Madame, écoutez. Ne parlons plus de vingt livres. Faisons des prix exacts. Tout cela n'était que badinage. Mais il faut plaisanter pendant un temps, et parler gravement ensuite. Je vous donne maintenant ma parole d'honneur! A quinze livres turques, je ne gagne pas le prix d'un mouchoir de soie.

—Monsieur Carazoff, à dix livres turques, vous gagnez de quoi vêtir de satin tout le joli corps de votre jeune fille. Et je ne suis pas assez riche pour....

—Seigneur! dix livres! Kondjé-Gul, venez ici!

Une gentille fillette apparaît, soulevant une portière.

—Madame, sur la tête de cette enfant, qui est ma chair et mon sang,—M. Carazoff étend la main sur les cheveux lisses,—je vous jure qu'à dix livres je perds!