—Nous autres. Arméniennes, nous raffolons des bijoux, vous savez: c'est la faute à nos pères et à nos maris, qui aiment beaucoup, beaucoup l'argent ... trop peut-être.... Cet amour-là déteint sur nous. Mais nous, femmes, sommes plus raffinées, et au lieu de chérir grossièrement les écus, nous chérissons leur quintessence: les pierreries.

M. Carazoff, avec des gestes de dévotion, présente une autre coupe, plus petite, où se mêlent des perles et des opales. Madame Érizian se tait, s'arme d'une loupe, et regarde de tout près. Moue désappointée.

—Il n'y a rien ici, monsieur Carazoff. Allons, cherchez mieux. Ces perles sont méprisables. Mais je parie qu'au fond de vos tiroirs....

Troisième coupe. Quatre perles seulement y luisent, douillettement couchées dans du papier de soie.

—Ah! nous y sommes. Celle-ci ... non, elle a un défaut. Parfaitement, un défaut. Ne vous indignez pas: j'ai de bons yeux, monsieur Carazoff.... Et celle-là est jaune. Mais cette autre me plaît assez ... quoique!... enfin!... le prix, monsieur Carazoff?

—Madame, toute la maison est à vous. Cette perle ... ce n'est rien. Rien. Un cadeau.

—Monsieur Carazoff, vous êtes le plus courtois des Persans. Mais il est déjà cinq heures à la franque. Et nous n'avons pas le temps d'échanger toutes les politesses qui conviendraient. Donc, dites-moi sans tarder: combien?

—Rien! je vous supplie. La perle est unique, sans prix. Ronde comme la lune, et brillante! Cela ne se paie pas. Tout ce que j'ai ici, les tapis, les cuivres, les laques ... rien ne vaut cette perle. Je vous la donne.

—Que vous êtes aimable, monsieur Carazoff! Mais parlons sérieusement. Pensez-vous que six livres turques?...

—Six livres!!... Madame, vous plaisantez avec une bonne humeur qui réjouit mes vieux os. Nous sommes d'anciens amis; il m'est doux de voir que la gaieté ne vous quitte pas. Je le dirai à ma fille, qui s'informe souvent de votre santé.