Madame Érizian a de beaux yeux arméniens, longs et vifs, qu'elle vous braque en plein visage avec un aplomb tranquille de vieille femme.
—Savez-vous? je suis contente du hasard d'aujourd'hui. J'avais envie de vous connaître, après tout ce que m'a dit Maria.
—Lady Falkland?
—Oui ... je l'appelle Maria, parce que je l'ai connue haute comme ça ... ou presque: elle venait de se marier quand elle est arrivée à Constantinople. Il y aura huit ans en décembre.... Elle était plutôt jeunette, alors. Là-bas, aux Antilles, on les marie dès qu'elles sont sevrées. Pauvre petite, va!
J'ai tout à fait la sensation d'écouter une douairière d'entre Loire et Seine. A tel point, que je ne me tiens pas d'interrompre.
—Vous avez vécu longtemps en France?
—Moi? je n'y ai jamais mis les pieds.... C'est mon français qui vous étonne? Mais tout le monde parle français à Constantinople....
—Pas le même français que vous.
—Ah! vous avez fréquenté chez les Grecs. Oui, ils ont un tas d'idiotismes assez pittoresques. C'est que leurs femmes ouvrent rarement un bouquin. Nous autres, Arméniennes, nous lisons.
—Cela vous réussit.