—Excellents officiers. Exécrables soldats.
Mehmed pacha me regarde:
—Monsieur le colonel, voilà peut-être qui vous étonne. Vos écrivains militaires français vous rebattent les oreilles des vertus miraculeuses du soldat allemand. Nous, Osmanlis, qui faisons en Allemagne nos études théoriques et nos stages d'application, sommes d'un avis différent.
Le vieil Atik Ali hoche la tête: de son temps, c'était à Paris, non à Berlin, que les Turcs apprenaient l'art de la guerre.
—Izzet bey, vous entendez le pacha: expliquez à monsieur le colonel pourquoi vous jugez avec tant de sévérité les hommes de là-bas?
Izzet bey s'exécute de très bonne grâce. Bien entendu, tout l'état-major turc parle français comme s'il sortait de Saint-Cyr.
—Mon colonel, les Allemands sont des mécaniques. Ça obéit magnifiquement, surtout aux ordres appuyés de coups de bottes. Mais ça n'est propre qu'à obéir. Point d'initiative, point d'intelligence; et presque pas de bravoure. Nos paysans d'Anatolie, que Nasreddin hodja disait pareils à leurs buffles, sont, en comparaison, subtils et délurés.
J'interroge:
—«Nasreddin hodja»?
Tous rient. Atik Ali pacha m'explique: