Contentus paucis lectoribus, &c.

Horat. Serm. Lib. 1. Sat. 10.

Si dans celui-ci, Monsieur, vous ne trouvés qu’un stile ordinaire, point de constructions nouvelles, aucun de ces termes ingenieusement créés, dont on enrichit notre langue depuis quelques années avec tant de succès, je me flatte au moins que vous y reconnoîtrez un caractere ami du vrai. Eloigné de la partialité qu’on a reprochée à Pline, à Quint-Curce, à Velleïus Paterculus, & presque à tous les Historiens tant anciens que modernes, je ne vous ennuyerai point de l’éloge des Rats.

Je proteste d’abord, (& vous me croirez sans peine,) que je n’ai jamais aimé les Rats, je n’ai avec eux qu’un commerce necessaire & très-involontaire ; d’ailleurs je n’ai ni Maîtresse, ni Protecteur dont l’Eloge des Rats pût flatter le goût bizarre : En un mot, je les regarde avec tout le monde comme des animaux fort incommodes, des pestes domestiques ; mais qu’il est bon de connoître, puisque nous sommes souvent obligez de vivre avec eux. Cependant je ne dois point aussi taire leurs bonnes qualités, ni dissimuler ce qui peut leur donner quelque consideration parmi les Bêtes, autrement en fuyant la partialité que je blâme, je donnerois dans l’excès opposé, ce qu’on appelle en beau stile de College, échoüer contre Caribde, en voulant éviter Sylla.

Du reste, après l’étude particuliere que je fais depuis long-tems du genie & des mœurs du Peuple Rat, on peut compter sur l’exactitude de mes Observations : Quant aux Auteurs, dont je me servirai, leur nom pour la plus part fait leur Eloge, tels sont Homere, Herodote, Aristote, personnages antiques & venerables. Je ferai aussi usage des Relations des Voyageurs ; mais avec les précautions necessaires ; j’aurai même besoin quelquefois des Fables de M. de la Fontaine, parce qu’elles contiennent dans leurs fictions des verités de caracteres, & peignent les Rats à peu près comme les Romans peignent les hommes.

Après ces précautions qui me répondent presque du succès de mon Ouvrage, il faut vous avouër, Monsieur, que ma petite vanité triomphe encore par un endroit bien plus sensible, je suis furieusement tenté de m’approprier celle d’Horace, [14]& de dire après lui : Je me sens deja venir des aîles pour voler à l’immortalité.

[14]

Jamjam residunt cruribus asperæ

Pelles, & album mutor in alitem

Supernè, nascunturque leves