Naturam expellas furcâ licet, usque recurret.
Horat.
Chassez le naturel il revient au galop.
Destouches.
Voulez-vous un Rat qui joigne aux mauvais airs d’un petit Maître l’ignorance d’un sot qui croit sçavoir ? c’est celui qui las de l’ennuyeuse tranquilité de la vie champêtre, quitta sa Gentil-homiere pour voyager, & termina enfin glorieusement ses courses entre les écailles d’une Huitre.
Il est des païs où l’amour de la patrie est si bien soûtenu de la crainte des dangers, que les Peuples ne s’écarteroient pas pour beaucoup de dix lieuës du clocher de leur Paroisse. Les enfans ont reçû de leurs peres cet attachement au domicile de leurs ancêtres, & rarement se rencontre-t-il des temeraires qui osent enfraindre ces loix de famille. D’autres Cantons au contraire, envoyent des voyageurs dans le reste du monde : Ces hommes étrangers chez eux, cherchent leur Patrie par tout, & la trouvent par tout. Les uns vont à des milliers de lieuës recueillir précieusement des morceaux de cruches, & de vases qu’ils nomment sacrés, déterrer des Idoles défigurées par le tems, des lampes sepulchrales, & semblables antiquailles qui ne prouvent qu’une antiquité assez moderne du monde. D’autres entraînés par un esprit de superstition ou de libertinage, abandonnent leurs Dieux Penates, pour aller porter leurs vœux & leurs offrandes à des Dieux étrangers qui peuvent cependant les écouter de loin comme de près, si leur puissance n’est pas bornée par les rivieres & les montagnes. Quelques-uns voyagent pour s’instruire, peu pour devenir plus sages, mais le plus grand nombre court pour courir.
Notre Rat, je croi, n’avoit pas d’autre dessein. Le voilà donc qui part & qui marche à l’avanture droit devant lui.
[35]Si-tôt qu’il fut hors de la caze,
Que le monde, dit-il, est grand & spatieux !