Passons à l’Apologiste sa très-mauvaise Poësie ; son histoire prouve au moins beaucoup d’industrie dans les Rats ; pour une ame pensante, c’est une autre thèse qui ne se décidera que lorsqu’on connoîtra suffisamment la nature de l’ame ; & l’on ne touche pas encore à cette découverte, à en juger par les peines & les recherches inutiles qu’elle a déja coûté aux hommes depuis qu’ils raisonnent sur eux-mêmes.

On dit encore que les Marmottes dorment tout l’hyver sans manger ; mais si cela étoit, elles feroient bien des frais inutiles en été à ramasser des provisions, & leur adresse à les voiturer seroit en pure perte : il faut donc entendre seulement qu’elles se tiennent couvertes dans leurs troux tout l’hyver, & cela est fort sage ; au reste, elles s’aprivoisent facilement, & les tours que leur font faire ces petits miserables qui en tirent un tribut sur la curiosité populaire, sont des preuves de leur docilité : mais leur premier merite, c’est quelles sont très-bonnes à manger. [62]Dans l’ancienne Rome on en tenoit des Menageries appellées Gliraria, elles faisoient les delices des meilleures tables, & ce goût qui dura long-tems, eût subsisté davantage, si les Ediles, par quelqu’interêt particulier, n’eussent aboli ces Menageries. [63]Marcus Scaurus, beau-fils de Sylla par sa mere Metella, ce voluptueux d’un goût exquis, cet Edile magnifique qui fit élever ce célébre Théatre à trois étages, soutenus sur trois cens soixante colomnes de trente-huit pieds de haut ; cet homme enfin qui introduisit à Rome, par son exemple, le faste & la délicatesse à la place de l’antique sévérité, fut le premier qui apprit à ses citoyens ce que valoient les Glirons. Cette Ædilité de Scaurus, pendant laquelle ils régnerent sur les tables les plus délicates, fit plus de tort à la République, au jugement [64]de Pline, & d’un Historien [65]moderne, que ne lui en avoient fait les sanglantes proscriptions de Sylla son beau-pere. Ainsi les Casuistes, qui sont bien persuadés que c’est le luxe & la volupté qui ont perdu les Romains en les amolissant, pourront compter les Marmotes parmi les causes de la décadence de ce grand Empire.

[62] Jonsthon de Quadrupedibus.

[63] Ibidem.

[64] Cujus (M. Scauri) nescio an Ædilitas maximè prostraverit mores civiles. Plin. lib. 36. cap. 15.

[65] M. Rollin, Histoire ancienne, Tome 11.

Dans les Indes il y a des Rats qui ont la grosseur & le poil des Marmotes, excepté qu’ils sont plus argentés ; ils marchent quelquefois sur leurs piés de derriere, & sont si dangereux quand la faim les presse, qu’on ne dort point en sûreté auprès d’eux.

[66]Dans l’Isle du Pin près celle de Cuba, on en voit de presque aussi gros, de poil roux, & fort bons à manger.

[66] Journal historique de M. de la Salle, pag. 30. tom. 1.

[67]Dans l’Egypte il s’en trouve communément d’assez grands, dont le poil est presque aussi piquant que celui d’un Herisson. A Nuremberg ils sont gros comme des Fouïnes & de la couleur des Liévres ; en Hongrie ils tirent sur le verd, sont à peu près taillés comme les Belettes, sans être plus gros que nos souris.