[67] Dict. de Trevoux.
[68]Dans la Virginie il y a beaucoup de Rats blancs, dont les Naturels du Pays faisoient autrefois un usage singulier : lorsqu’ils en avoient un pendu à chaque oreille, ils se croyoient aussi bien parés que nos Dames sont sûres de l’être avec les plus belles Perles d’Orient. C’étoient, comme vous le pensez bien, des Rats morts remplis simplement de paille s’ils avoient naturellement quelque bonne odeur, ou de parfums pour corriger la mauvaise qu’ils auroient pû répandre.
[68] Bibliotheque universelle, tom. 6. pag. 267.
Cette mode nous paroîtroit peut-être moins ridicule que celle des paniers, si les Virginiens n’étoient pas des Sauvages ; car, dans le fond il n’est point absurde que les Rats puissent servir de parure. [69]Le voile de Proserpine, la Reine du plus vaste de tous les Empires, étoit parsemé de Rats brodés avec beaucoup d’art ; & ce voile lui donnoit peut-être aux yeux de Pluton, les mêmes graces que prêta à Junon la ceinture de Vénus dans une affaire d’honneur.
[69] Euseb. apud Gesnerum, p. 826.
Et sans aller chercher des exemples dans la Virginie & aux Enfers, le petit-gris & l’Hermine, ne sont-ils pas, depuis long-tems, en possession, chez nous, de faire de fort beaux ornemens, & de marquer des titres, & des dignitez ? Or le petit-gris est la dépoüille du Rat lassique, & l’Hermine, selon la plûpart des Naturalistes, est la même chose que le Rat pontique. Il est difficile d’imaginer avec quelle complaisance un Chanoine, un Licencié, un Docteur, portent ces peaux respectables ; on a dit malicieusement qu’elles sont souvent des armes parlantes, cependant elles répondent au moins qu’un homme qui a mérité d’en être revêtu dans une Université, a étudié suivant l’Ordonnance.
J’ai connu un brave Licencié de la Sacrée Faculté de Paris qui étoit plus jaloux de sa Fourure, qu’un gueux de sa besace. A plus de cent lieuës de Paris, au fond d’une Province où l’uniforme de la Licence est inconnu, il s’en paroit en Chaire, dans les Processions, il l’endossoit souvent pour recevoir des visites ; & l’on ajoûte qu’il se donnoit quelquefois le plaisir de coucher avec, tant il l’aimoit tendrement. Je croi ce dernier trait exageré ; mais il est exactement vrai que revêtu de sa peau, ainsi que l’Asne de celle du Lyon, il se croyoit infiniment au-dessus de ses Confreres qui n’étoient pas fourés comme lui ; & ses Confreres de leur côté maudissoient de bon cœur le Licencié, & tous les Rats Pontiques, comptables de sa sote vanité.
Mon Catalogue, Monsieur, n’est pas encore rempli, j’ai bien d’autres Rats à y placer, mais beaucoup plus curieux, d’une nature particuliere, & plus étenduë que toutes les especes que j’ai parcouruës ; nous les nommerons, si vous voulez, les Rats de tout Païs. Il y en a partout où il y a des hommes ; invisibles & d’une substance spirituelle comme les génies, ils ne sont sensibles que par leurs effets, qui ne permettent pas de nier leur existence, au moins de ceux qui ne nous appartiennent point ; car chaque particulier qui en loge dans son cerveau ne s’en doute seulement pas.
N’exigez pas, Monsieur, s’il vous plaît, que je vous fasse l’Analise de toutes les Especes de Rats de cerveau, ils participent à la nature des ames, & semblent former chacun une espece differente ; cependant on pourroit les distribuer par classes selon les conditions, les genies, & les caracteres des Ratiers qui composent la Societé. Mais quelle Liste encore ? Je la commencerai, mais j’ai pour ne la point achever la même excuse, [70]qu’Erasme fait apporter à la folie pour ne pas compter toutes les sortes de Fols, c’est que le dénombrement en est impossible.