Ne donne aucune trêve aux Grenoüilles timides,
Et du sang ennemi teint les plaines humides.
Quelle douleur pour le grand Jupiter de voir périr ses Grenoüilles, & quel affront de voir des Rats braver son tonnerre qu’il faisoit respecter aux hommes mêmes ! Il auroit peut-être volontiers abandonné les peuples des Marais à leur destinée, s’il l’avoit pû faire avec honneur, mais il s’étoit trop avancé pour réculer.
[105]Tenter est d’un mortel, réussir est d’un Dieu.
[105] Trag. de Childeric.
Engagé de soutenir la justesse sentencieuse de ce vers heureux, il envoya aux Grenoüilles des troupes auxiliaires qui firent ce qu’il n’avoit pû faire du haut de l’Olympe : c’étoient des Ecrevices. Ces monstres plus redoutables que le tonnerre couverts d’écailles, armés de tenailles tranchantes, étonnerent d’abord les Rats par leur figure effroyable : cependant ceux-ci firent ferme, mais dès qu’ils se sentirent tenaillés & déchirés par ces nouveaux ennemis contre lesquels le courage & la valeur leur devenoient inutiles, ils battirent la retraite, ils la firent en assez bon ordre, quoi qu’à dire vrai, avec un peu de précipitation.
Cependant cette retraite qui ne fut point une déroute leur fit autant d’honneur que leur en auroit fait la victoire. S’ils céderent le champ de bataille, ils le laisserent jonché de leurs ennemis ; leur perte à proportion ne fut pas considerable, & il leur resta la gloire solide d’avoir combattu non seulement contre des ennemis puissans, mais encore contre un élement étranger, & les Dieux mêmes.
J’ai l’honneur d’être, &c.
VII. LETTRE.
… Agmen subjectis spargere in arvis,