[125] Idem ibid. p. 66, & 67.

[126] L’an 823.

Le crime de l’Archevêque Hatton, surnommé Bonose, n’étoit pas moins criant. Dans un tems [127]de famine il avoit fait brûler inhumainement un grand nombre de pauvres dans une grange, sous pretexte que c’étoient des bouches inutiles qu’il falloit sacrifier au salut des autres. Les Rats le punirent de sa barbare politique, il tomba malade dans une maison qui lui appartenoit sur le bord du Rhin, entre Bacharach & Rudisheim, les Rats vinrent l’y assieger en si grand nombre, que pour s’en délivrer, il fut obligé de se faire transporter dans une petite Isle que forme le Rhin, vis-à-vis la maison qu’il abandonnoit ; mais ces animaux opiniâtres passerent le Fleuve à la nage & dévorerent sa grandeur dans une tour quarrée qu’on appelle encore la Tour des Rats, & qui sera un monument éternel, ou du moins de longue durée, de la cruauté d’Hatton, de la récompense de son crime, & de la puissance redoutable des Rats, Ministres des vengeances Celestes : Ils en ont bien exercé d’autres, & je passe sous silence l’Histoire d’un soldat qu’ils mangerent aussi, parce qu’elle n’a pas le même brillant que celle d’un Roi & d’un Archevêque. Au reste je vous prie, Monsieur, toutes les fois que je parle de prodiges pareils, de penser que je les raconte sans en être caution : Equidem plura transcribo quam credo.

[127] L’an 967.

Tous ces traits justifient encore les Juifs d’avoir [128]detesté les Rats comme des animaux immondes & indignes de servir aux Sacrifices, outre que la Tribu de Levy n’auroit sçû que faire d’un semblable casuel. Cette aversion judaïque semble subsister encore aujourd’hui, on voit tous les jours des Gens fort raisonnables, sur toute autre chose, qui ne peuvent souffrir les Rats ; il y a même des femmes si délicates sur leur compte qu’elles ne peuvent sans frissonner entendre prononcer leur nom : mais on peut bien passer cette foiblesse à la tendre imagination des Dames, quand on a vû des hommes de guerre, bons Officiers d’ailleurs, s’évanoüir à la vûë d’une souris ; j’ai toujours soupçonné qu’ils ne s’évanouïssoient pas sincerement, parce que dans une campagne ils en auroient trouvé trop souvent l’occasion : Et qu’auroient-ils fait à la tête d’une armée, les ennemis n’auroient eû qu’à mener contre eux un bataillon de Rats, ou seulement en charger leurs drapeaux, pour les battre aussi facilement que les soldats de [129]Cambyse prirent Peluse en attachant sur leurs boucliers des Chats que les assiegés adoroient : Je sçai qu’on peut naître avec ces sortes d’antipathies violentes, mais quand on travaille à les détruire, on réüssit au moins à les affoiblir.

[128] Abominationem & Murem, Isaïe cap. 66.

[129] Histoire des Empires & des Republiques, &c. Tom. 1.

Je me lasse enfin, Monsieur, de dire du mal des Rats, & je croi aussi que tous les Memoires que j’avois ramassés contre eux sont épuisés. Je vous les ai peints comme la plus méchante race de tous les animaux. Voyons à present s’ils ne sont dans le monde absolument d’aucune utilité. On croit encore leur faire grace en les traitant de multitude inutile & vorace, selon l’application qu’on leur a faite d’un Vers Latin, [130]cependant dans tous les tems ils ont servi aux hommes à une infinité d’usages. [131]Les livres de Medecine sont pleins de leurs propriétés ; leur tête, leur cœur, leurs cendres, jusqu’à leurs excremens tout y a des effets admirables, comme de resserrer la vessie aux enfans, de rendre les hommes puissans, les femmes steriles, & mille autres qualités.

[130]

Nos numerus sumus & fruges consumere nati.