Hor. lib. 1. epist. 2.
[131] Aldov. lib. 2. p. 434, & 435.
[132]Les peuples de Calicut mangent communément des Rats sans craindre que cette nourriture leur fasse perdre la memoire, [133]comme des Rabins ont écrit qu’elle l’ôtoit. Ils prétendoient par-là expliquer phisiquement pourquoi les Chats n’ont pas la fidelité & l’attachement des Chiens. Ces idées Rabiniques sont assez plaisantes, & il seroit à souhaiter qu’elles fussent vraies : on payeroit quelquefois bien cher un verre d’eau du Lethé[134], s’il étoit possible d’en avoir, & l’on n’en auroit plus besoin, si les Rats avoient la vertu de cette liqueur miraculeuse.
[132] Aldov. lib. 2. p. 434, & 435.
[133] Buxtorf & Arnaud de Villeneuve.
[134] Lethé, Fleuve d’Oubli.
Malgré le peu de foi que j’ai aux Voyageurs, je crois cependant celui [135]qui rapporte que dans un voyage au Bresil, les provisions ayant manqué, on ne se nourrit quelque-tems que de Rats qu’on payoit trois à quatre écus chacun ; le prix ne fait rien à la chose qui a dû arriver plus d’une fois sur mer : & dans de pareilles circonstances on ne se plaint point sûrement de l’incommodité des Rats.
[135] Lierius Burgundus apud Aldov. p. 434.
De quelle ressource ne sont-ils pas aussi dans les Siéges ? A celui de Cassilin [136]par Annibal, un Rat fut vendu deux cens écus, ce n’étoit point trop pour celui qui l’acheta, car il lui sauva la vie, au lieu que celui qui le vendit mourut de faim avec son argent. Ils n’étoient point à bon marché à Paris, lorsqu’Henri IV. l’assiégeoit, [137]témoin celui qui fut mieux payé qu’un morceau délicat par une femme de qualité. Au Siege de Melun sous Charles VI. on s’en régala de même, & on ne les rebuta pas [138]à celui de Calais par Edoüard Roi d’Angleterre. Toute l’horreur qu’en avoient les Juifs ne tint pas contre les extrêmités de la faim, qui les contraignit d’en manger au fameux Siége de Jerusalem, & à celui de Samarie ; enfin ils seront toujours pour les assiegés d’une ressource d’autant plus grande quelle est immanquable.
[136] Cassilinum obsidente Annibale murem CC. nummis væniisse annales tradunt, eumque qui vendiderat fame interiisse, emptorem vixisse. Pline.