—Comment, dit Page, s'il accepte! il reçoit des valeurs pour plus de cinq cents francs!… C'est Rapin qui a arrangé cette affaire hier avec lui; il n'y a plus qu'à rédiger les conditions.

—Eh bien! dit mon oncle, je veux prendre ma part de cette bonne action: je m'engage, moi, à le traiter sans mémoire aucun des deux premières maladies qui lui viendront. Si je le tue de la première, sa femme aura la survivance pour la seconde. Quant à toi, Machecourt, je te permets de souscrire pour un broc de vin blanc.

Pendant ce temps-là, Arthus avait fait dresser la table chez le geôlier. Il lirait lui-même de leur hotte ses plats qui s'étaient un peu transvasés les uns dans les autres, et il les mettait dans leur ordre et place sur la table.

Quand tout fut arrangé à sa fantaisie:

—Allons, s'écria-t-il, à table, et trève de bavardage, je n'aime pas à être dérangé quand je mange, vous aurez tout le temps de jaser au désert.

Le déjeuner ne se ressentait nullement du lieu où il se célébrait.
Machecourt seul était un peu triste, car l'arrangement pris avec
Bonteint par les amis de mon oncle lui semblait une plaisanterie.

—Allons donc, Machecourt, s'écria Benjamin, ton verre est toujours dans ta main plein ou vide! est-ce moi qui suis, ou toi qui est prisonnier, je te prie? À propos, messieurs, savez-vous que Machecourt a failli hier commettre une bonne action: il voulait vendre sa bonne vigne de Choulot pour payer ma rançon à Bonteint.

—C'est magnifique! s'écria Page.

—C'est succulent! dit Arthus.

—C'est un trait comme j'en vois dans la morale en action, poursuivit
Guillerand.