—Je le connais, répondait Arabelle, c'est un homme d'un orgueil intraitable, et, fût-il sûr d'être tué sur place, il acceptera.
—Tant mieux; alors je vous en débarrasserai pour toujours.
—Oui, mais d'abord je ne veux pas être complice d'un meurtre; ensuite mon père aime cet homme plus que moi peut-être qui suis sa fille unique; je ne consentirai jamais à ce que vous tuiez le meilleur ami de mon père.
—Vous êtes charmante, Arabelle, avec vos scrupules; j'en ai tué plus d'un pour un mot qui sonnait mal à mon oreille, et ce vilain, dont l'esprit est féroce, s'est cruellement vengé de moi: je ne voudrais pas, pour tout au monde, qu'on sût à la cour ce qui s'est dit ce soir à la table de votre père. Cependant, pour ne pas vous contrarier, je me contenterai de l'estropier. Si, par exemple, je lui coupais le nerf tibio-rotulien, ce serait un vice rédhibitoire qui vous autoriserait suffisamment à ne plus vouloir de lui pour votre époux.
—Mais, vous-même, Hector, si vous succombiez! faisait Mlle Minxit de sa voix la plus tendre.
—Moi, qui ai mis à l'ombre les plus fins tireurs de l'armée: le brave Bellerive, le terrible Desrivières, le redoutable de Châteaufort, je succomberais par la rapière d'un chirurgien! Mais vous m'insultez, belle Arabelle, quand vous émettez un pareil doute. Vous ne savez donc pas que je suis sûr de mes coups d'épée, comme vous de vos coups d'aiguille. Désignez vous-même l'endroit où vous voulez qu'il soit frappé, je serai enchanté de vous faire cette galanterie.
Les voix s'éloignèrent; mon oncle sortit de sa cachette et se remit tranquillement en route pour Clamecy, devisant en lui-même sur le parti qu'il avait à prendre.
XVIII
CE QUE DIT MON ONCLE EN LUI-MÊME SUR LE DUEL.
M. de Pont-Cassé veut m'estropier, il l'a promis à mademoiselle Minxit, et un preux des mousquetaires n'est pas homme à manquer à sa parole.