Et les paroles de mon oncle vibraient entre ses lèvres comme une vitre qui tinte.

Le gentilhomme n'en put supporter davantage; il tira son épée et se précipita sur Benjamin. C'en était fait de celui-ci si le caniche, se jetant sur M. de Pont-Cassé, n'eût dérangé la direction de son épée. Le sergent ayant rappelé son chien:

—Messieurs, s'écria mon oncle, je vous prends à témoins que, si j'accepte le combat, c'est pour épargner un assassinat à cet homme.

Et mettant à son tour sa rapière au vent, il soutint, sans rompre d'une semelle, l'attaque impétueuse, de son adversaire. Le sergent, ne voyant pas son coup intervenir, piétinait sur la neige comme un coursier lié à un arbre, et tournait le poignet à se le démancher, afin d'indiquer à Benjamin le mouvement qu'il devait faire pour désarmer son homme. M. de Pont-Cassé, exaspéré de la résistance inattendue qu'il éprouvait, avait perdu son sang-froid et avec lui sa meurtrière adresse; il ne s'inquiétait plus de parer les coups que pouvait lui porter son adversaire et ne cherchait qu'à le percer de son épée.

—Monsieur de Pont-Cassé, lui dit mon oncle, vous auriez mieux fait de jouer aux échecs; vous n'êtes jamais à la parade; il ne tiendrait qu'à moi de vous tuer.

—Tuez, monsieur, dit le mousquetaire, vous n'êtes ici que pour cela.

—J'aime mieux vous désarmer, fît mon oncle; et, passant rapidement son épée sous celle-de son adversaire, d'un tour de son vigoureux poignet il l'envoya au milieu de la haie.

—Très-bien! bravo! s'écria le sergent, moi je ne l'aurais pas envoyée si loin. Si vous aviez seulement six mois de mes leçons, vous seriez la meilleure lame de France.

M. de Pont-Cassé voulut recommencer le combat; comme les témoins s'y opposaient:

—Non, messieurs, dit mon oncle, la première fois ne compte pas, et il n'y a pas de partie sans revanche; il faut que la réparation à laquelle a droit monsieur soit complète.