Les deux adversaires se remirent en garde; mais à la première botte l'épée de M. de Pont-Cassé s'envola sur la route. Comme il courait la ramasser:
—Je vous demande bien pardon, M. le comte, lui dit Benjamin de sa voix sardonique, de la peine que je vous donne; mais ce n'est pas ma faute: si vous aviez voulu jouer aux échecs, vous n'auriez pas eu la peine de vous déranger.
Une troisième fois le mousquetaire revint à la charge.
—Assez! s'écrièrent les témoins, vous abusez de la générosité de M.
Rathery.
—Point du tout, dit mon oncle, monsieur veut sans doute apprendre le coup; permettez que je lui donne encore une leçon.
En effet, la leçon ne se fit pas attendre, et l'épée de M. de Pont-Cassé s'échappa pour la troisième fois de sa main.
—Au moins, dit mon oncle, vous auriez bien dû amener un domestique pour aller ramasser votre épée.
—Vous êtes le démon en personne, dit celui-ci; j'aimerais mieux que vous m'eussiez tué que de m'avoir traité d'une manière aussi ignominieuse.
—Et vous, mon gentilhomme, dit Benjamin, se tournant vers l'autre mousquetaire, vous voyez que mon barbier n'est pas ici. Tenez-vous à ce que je mette à exécution la promesse que je vous ai faite?
—En aucune façon, dit le mousquetaire, à vous les honneurs de la journée. Il n'y a pas de lâcheté à se retirer devant vous, puisque vous ne portez point le fer sur le vaincu. Bien que vous ne soyez pas gentilhomme, je vous tiens pour le meilleur tireur et pour l'homme le plus honorable que je connaisse; car votre adversaire voulait vous tuer, vous avez eu sa vie entre vos mains et vous l'avez respectée. Si j'étais roi, vous seriez au moins duc et pair. Et, maintenant, si vous attachez quelque prix à mon amitié, je vous l'offre de tout mon cœur, et je vous demande la vôtre en échange.