—Combien ai-je encore de jours à vivre, Benjamin? lui dit-il.

—Mais, fit mon oncle, abasourdi de la question et croyant avoir mal entendu, que dites-vous, M. Minxit?

—Je te demande, répéta M. Minxit, combien de jours il me reste encore à vivre?

—Diable! dit mon oncle, voici une question qui m'embarrasse fort. D'un côté, je ne voudrais pas vous désobliger; de l'autre, je ne sais si la prudence me permet de satisfaire votre désir. On n'annonce au condamné la nouvelle de son exécution que quelques heures avant d'aller au supplice, et vous…

—C'est, interrompit M. Minxit, un service que j'impose à ton amitié, parce que toi seul peut me le rendre. Il faut bien que le voyageur sache à quelle heure il doit partir, afin qu'il puisse faire son porte-manteau.

—Le voulez-vous donc franchement, sincèrement, M. Minxit? ne vous effraierez-vous pas de l'arrêt que je vais prononcer; m'en donnez-vous votre parole d'honneur?

—Je t'en donne ma parole d'honneur, dit M. Minxit.

—Eh bien! alors, dit mon oncle, je vais faire comme pour moi-même.

Il examina la face tarie du vieillard; il interrogea sa prunelle terne et dépolie, où la vie reflétait à peine quelques lueurs; il consulta son pouls comme s'il en eût écouté les battements avec ses doigts, et il garda quelque temps le silence; puis:

—C'est aujourd'hui jeudi, dit-il; eh bien! lundi il y aura une maison de plus en deuil à Corvol.