—Cela sert à quelque chose de bien digérer, répliqua Arthus; au moins, quand vous allez en voiture, vos amis ne sont pas obligés de vous attacher aux ridelles de peur de vous perdre en route.
—Arthus, dit Millot, point de personnalités, je t'en prie.
—Je sais, répondit Arthus, que tu me gardes rancune parce que je suis tombé sur toi dans le chemin de Corvol; mais chante-moi ton grand noël, et nous serons quittes.
—Et moi je soutiens que mon noël est un beau morceau de poésie; veux-tu que je te montre une lettre de monseigneur l'évêque qui m'en fait compliment?
—Oui, mets ton noël sur le gril, et tu verras ce qu'il vaudra.
—Je te reconnais bien là, Arthus, tu n'estimes, toi, que ce qui est rôti ou bouilli.
—Que veux-tu? ma sensibilité, à moi, réside dans les houppes de mon palais, et j'aime autant qu'elle soit là qu'ailleurs. Un appareil digestif organisé solidement vaut-il moins, pour être heureux, qu'un cerveau largement développé? Voilà la question.
—Si nous nous en rapportions à un canard ou à un pourceau, je ne doute pas qu'ils ne la décidassent en ta faveur; mais je prends Benjamin pour arbitre.
—Ton noël me convient beaucoup, dit mon oncle.
À genoux, chrétiens, à genoux!