—Oui, tu es dans un bel état de partir; et si on venait te chercher pour visiter un malade.

—Que vous savez peu, ma bonne sœur, apprécier les effets du vin!… On voit bien que vous ne buvez que les eaux limpides du Beuvron. Faut-il partir? mon centre de gravité est toujours à la même place. Faut-il saigner?… Mais à propos, ma sœur, il faut que je vous saigne: Machecourt me l'a recommandé en partant. Vous vous plaigniez ce matin d'un grand mal de tête, une saignée vous fera du bien. Et Benjamin de tirer sa trousse, et ma grand'mère de s'armer des pincettes.

—Diable! vous faites un malade bien récalcitrant. Eh bien! transigeons; je ne vous saignerai point, et vous irez nous tirer une huitième bouteille de vin.

—Je n'en tirerai pas un verre.

—Ce sera donc moi qui la tirerais, dit Benjamin; et, prenant la bouteille, il se dirigea vers la cave.

Ma grand'mère, ne voyant rien de mieux à faire pour l'arrêter, se pendit à sa queue; mais Benjamin, sans s'occuper de cet incident, s'en alla à la cave d'un pas aussi ferme que s'il n'eût eu qu'un paquet d'oignons au bout de la queue, et revint avec sa bouteille pleine.

—Eh bien! ma chère sœur, c'était bien la peine d'aller deux à la cave pour une méchante bouteille de vin blanc; mais je dois vous prévenir que si vous persistiez dans ces mauvaises habitudes, vous me forceriez à faire couper ma queue.

Cependant Benjamin, qui, tout à l'heure, regardait comme une corvée assommante le voyage de Corvol, s'obstinait maintenant à partir. Ma grand'mère, pour lui en ôter la possibilité, avait enfermé ses souliers dans l'armoire.

—Je vous dis que je partirai!

—Je te dis que tu ne partiras pas!