Au demeurant, Mlle Minxit en valait bien une autre; elle n'était trop longue que de vingt lignes; elle n'était ni brune ni blanche, ni blonde ni rousse, ni sotte ni spirituelle. C'était une femme comme sur trente il y en a vingt-cinq, elle savait parler très-pertinemment de mille petites choses insignifiantes, et faisait très-bien les fromages à la crême; c'était bien moins elle que le mariage en général qui répugnait à mon oncle, et si, au premier abord elle lui avait déplu, c'est qu'il l'avait vue sous la forme d'une grosse chaîne.

—Voilà ma propriété, dit M. Minxit; quand tu seras mon gendre, elle sera à nous deux, et, ma foi, quand je n'y serai plus…

—Entendons-nous, fit mon oncle, êtes-vous bien sûr que Mlle Arabelle n'a aucune répugnance à m'épouser?

—Et pourquoi en aurait-elle? Tu ne te rends pas justice, Benjamin. N'es-tu pas joli garçon entre tous? n'es-tu pas aimable quand tu le veux et autant que tu le veux? et n'es-tu pas homme d'esprit par-dessus le marché?

—Il y a du vrai dans ce que vous dites, M. Minxit; mais les femmes sont capricieuses, et je me suis laissé dire que Mlle Arabelle avait une inclination pour un gentilhomme de ce pays, un certain de Pont-Cassé.

—Un hobereau, dit M. Minxit, une espèce de mousquetaire qui a mangé, en chevaux fins et en habits brodés, de beaux domaines que lui avait laissés son père. Il m'a, à la vérité, demandé Arabelle; mais j'ai rejeté sa proposition d'une lieue. En moins de deux ans, il eût dévoré ma fortune. Tu conçois que je ne pouvais donner ma fille à un pareil être. Avec cela, c'est un duelliste forcené. Par compensation, un de ces jours il eût débarrassé Arabelle de sa noble personne.

—Vous avez raison, M. Minxit; mais, enfin si cet être est aimé d'Arabelle.

—Fi donc! Benjamin, Arabelle a dans les veines trop de mon sang pour s'amouracher d'un vicomte. Ce qu'il me faut à moi, c'est un enfant du peuple, un homme comme toi, Benjamin, avec lequel je puisse rire, boire et philosopher; un médecin habile qui exploite avec moi ma clientèle, et supplée, par sa science, à ce que n'aura pu nous révéler la divination des urines.

—Un instant, dit mon oncle, je vous préviens, M. Minxit, que je ne veux pas consulter les urines.

—Et pourquoi, monsieur, ne voulez-vous pas consulter les urines? Va, Benjamin, c'était un homme d'un grand sens, cet empereur qui disait à son fils: Est-ce que ces pièces d'or sentent l'urine? Si tu savais tout ce qu'il faut de présente d'esprit, d'imagination, de perspicacité et même de logique pour consulter les urines, tu ne voudrais faire d'autre métier de ta vie. On t'appellera charlatan peut-être; mais qu'est-ce qu'un charlatan? un homme qui a plus d'esprit que la multitude. Et je te le demande, est-ce la bonne volonté qui manque ou l'esprit à la plupart des médecins pour tromper leurs clients?—Tiens, voilà mon fifre qui vient probablement m'annoncer l'arrivée de quelques fioles. Je vais te donner un échantillon de mon art.