Voilà un médecin qui a des connaissances plein la tête, qui a fouillé tous les bouquins écrits sur la médecine, qui sait de quels mots grecs viennent les cinq à six cents maladies qui atteignent notre pauvre humanité. Eh bien! s'il n'a qu'une intelligence bornée, je ne voudrais pas lui confier mon petit doigt à guérir; je donnerais la préférence à un bateleur intelligent, car sa science à lui, c'est une lanterne qui n'est pas éclairée. On a dit: Tant vaut l'homme, tant vaut la terre; il serait aussi vrai de dire: Tant vaut l'homme, tant vaut la science; et cela est surtout vrai de la médecine, qui est une science conjecturale. Là il faut deviner les causes par des effets équivoques et incertains: ce pouls qui reste muet sous le doigt d'un sot, fait à l'homme d'esprit des confidences merveilleuses. Allez, deux choses sont surtout nécessaires pour réussir en médecine, et ces deux choses ne s'acquièrent pas: c'est la perspicacité et l'intelligence.

—Tu oublies, dit M. Minxit en riant, les cymbales et la grosse caisse.

—Oh! fit Benjamin, à propos de votre grosse caisse, il me vient une excellente idée: auriez-vous une place vacante dans votre musique?

—Pour qui donc? dit M. Minxit.

—Pour un vieux sergent de ma connaissance et un caniche, répondit
Benjamin.

—Et de quel instrument peuvent s'escrimer tes deux protégés?

—Je ne sais pas, dit Benjamin; de celui que vous voudrez, probablement.

—Nous pourrons toujours faire panser mes quatre chevaux à ton vieux sergent, en attendant que mon maître de musique l'ait mis au courant d'un instrument quelconque, ou bien il pilera mes drogues.

—À propos, dit mon oncle, nous pourrions en tirer un meilleur parti. Il a une figure rissolée comme un poulet qui sort de la broche; on dirait qu'il n'a fait, toute sa vie, que de passer et repasser sous la ligne: vous le prendriez pour le bonhomme Tropique en personne; avec cela, il est sec comme un vieil os brûlé: nous dirons que c'est un sujet dont nous avons extrait la graisse pour composer nos pommades: cela se placera mieux que de la graisse d'ours; ou bien nous le ferons passer pour un vieillard nubien de cent quarante ans, qui aura prolongé ses jours jusqu'à cet âge extraordinaire avec un élixir de longue vie, dont il nous aura transmis le secret moyennant une pension viagère. Or, ce précieux élixir, nous le vendrons pour la bagatelle de quinze sous la fiole: ce ne sera pas la peine de s'en passer.

—Fichtre! dit M. Minxit, je vois que tu entends la médecine à grand orchestre; envoie-moi ton homme quand tu voudras, je le prends à mon service, soit comme Nubien, soit comme vieillard desséché.