En ce moment un domestique entra dans la salle, tout effaré, et dit à mon oncle qu'il y avait dans l'écurie une vingtaine de femmes qui arrachaient la queue de son âne, et que, comme il avait voulu les disperser à coups de fouet, elles avaient failli le mettre en pièces avec le tranchant de leurs ongles.

—Je vois ce que c'est, dit mon oncle, éclatant de rire: elles arrachent les crins de l'âne de la sainte Vierge pour faire des reliques.

M. Minxit voulut qu'on lui expliquât l'affaire.

—Messieurs, s'écria-t-il quand mon oncle eut terminé son récit, nous sommes des impies si nous n'adorons Benjamin pasteur: il faut que vous en fassiez un saint.

—Je proteste, dit Benjamin; je ne veux pas aller en paradis, car je n'y rencontrerais aucun de vous.

—Oui, riez, messieurs, dit ma grand'mère après avoir ri elle-même; cela ne me fait pas rire, moi; voilà toujours le résultat des mauvaises farces de Benjamin: M. Durand nous fera payer son âne, si nous ne le lui rendons tel qu'il nous l'a confié.

—En tout cas, dit mon oncle, il ne peut toujours nous en faire payer que la queue. L'homme qui m'aurait coupé la queue, à moi,—et ma queue vaut bien assurément, sans la flatter, celle de l'âne de M. Durand—serait-il donc aussi coupable devant la justice que s'il m'eût tué tout entier?

—Assurément non, dit M. Minxit, et s'il faut t'en dire mon avis, je ne t'en estimerais pas une obole de moins.

Cependant, la cour s'emplissait de femmes qui se tenaient dans une posture respectueuse, comme on se tient autour d'une chapelle trop étroite tandis qu'on y célèbre l'office, et dont un grand nombre étaient à genoux.

—Il faut que vous nous débarrassiez de ce monde, dit M. Minxit à
Benjamin.