—Un instant, dit mon oncle l'arrêtant par un pan de son habit; comme vous êtes pressé, M. Bonteint! je ne vous ai encore montré que la moindre partie de mes trésors; tenez, voici une vieille gravure représentant Hippocrate, le père de la médecine; je vous garantis la ressemblance; plus, trois volumes dépareillés de la Gazette médicale, qui feront vos délices pendant ces longues soirées d'hiver.

—Encore une fois, M. Rathery…

—Eh mon Dieu, ne vous fâchez pas, papa Bonteint, nous voici arrivés à l'objet le plus précieux de mon mobilier.

Mon oncle ouvrit alors une vieille armoire et en tira les deux habits rouges qu'il jeta aux pieds de M. Bonteint, et desquels il s'échappa un nuage de poussière qui fit tousser le bon négociant, avec un essaim d'araignées qui s'éparpillèrent par la chambre.

—Tenez, lui dit-il, voilà les deux derniers habits que vous m'avez vendus; vous m'avez outrageusement trompé, M. Fauxteint; ils se sont fanés dans l'espace d'un matin, comme deux feuilles de roses, et ma chère sœur n'a pu seulement les utiliser pour teindre des œufs à Pâques à ses enfants. Vous mériteriez bien que je vous fisse une déduction de la couleur.

—Oh! pour le coup, s'écria Bonteint horripilé, voilà qui est trop fort; jamais on ne s'est moqué plus insolemment d'un créancier. Demain matin, vous aurez de mes nouvelles, M. Rathery.

—Tant mieux, M. Bonteint, je serai toujours charmé d'apprendre que vous êtes en bonne santé. À propos, eh! M. Bonteint, et vos rubans de queue que vous oubliez!

Comme Bonteint sortait, entra l'avocat Page. Il trouva mon oncle qui riait aux éclats.

—Qu'as-tu donc fait à Bonteint? lui dit-il, je viens de le rencontrer sur l'escalier presque rouge de colère; il était dans une crise si violente d'exaspération qu'il ne m'a pas salué en passant.

—Ce vieil imbécile, dit Benjamin, ne se fâche-t-il pas contre moi parce que je n'ai pas d'argent! Comme si cela ne devait pas me contrarier plus que lui!