—Tu n'as pas d'argent, mon pauvre Benjamin! tant pis, deux fois tant pis, car je venais te proposer un marché d'or.
—Propose toujours, dit Benjamin.
—C'est le vicaire Djhiarcos qui veut se défaire d'un quart de bourgogne dont une de ses béates lui a fait présent, parce qu'il a un catarrhe et que le docteur Arnout l'a mis à la tisane; comme le régime sera long, il a peur que son vin ne se gâte. Il destine cet argent à mettre dans ses meubles une pauvre jeune orpheline qui vient de perdre sa dernière tante. Ainsi, en même temps qu'un bon marché, c'est une bonne action que je te propose.
—Oui, dit Benjamin, mais sans argent, ce n'est pas chose facile à faire qu'une bonne action; les bonnes actions sont chères, et n'en fait pas qui veut. Cependant, quelle est ton opinion sur le vin?
—Exquis, dit Page, faisant claquer sa langue contre son palais; il m'en a fait goûter, c'est du beaune de première qualité.
—Et combien le vertueux Djhiarcos en veut-il?
—Vingt-cinq francs, dit Page.
—Je n'ai que vingt francs; s'il veut le donner pour vingt francs, c'est un marché conclu. Alors nous goûterions à crédit.
—C'est vingt-cinq francs, à prendre ou à laisser. Vingt-cinq francs pour retirer une pauvre orpheline de la misère et la préserver du vice, tu conviendras que ce n'est pas trop.
—Mais, si tu avais cinq francs, toi, Page, reprit mon oncle, nous l'achèterions à nous deux.