– Je comprends fort bien tes craintes, reprend-il. Tu crois que je veux m'échapper… On voit que tu ne me connais guère… Nous autres blaireaux, nous n'avons qu'une parole… Je suis pris; c'est malheureux pour moi; mais ce qui est fait, est fait… Je n'ai pas le moins du monde l'intention de me sauver… Je voulais seulement te rendre un service… Il te serait si facile de me lier de nouveau, et de me remettre à la même place, avant le retour de ton mari!… Il n'en aurait rien su du tout… Mais, puisque tu n'y consens pas, c'est bon. N'en parlons plus… Pile ton riz… Après tout, peu m'importe!

Tora n'était pas méchante, et ne soupçonnait point le mal chez les autres. Elle se dit qu'en définitive, cet animal pouvait être sincère, et que ce serait bien heureux, s'il consentait à piler le riz à sa place. Après quelques hésitations:

– Me promets-tu de ne pas te sauver, si je te détache? demande-t-elle.

– Foi de blaireau, je te le jure! répond le perfide animal.

La trop confiante femme détache le blaireau et lui passe le pilon. La bête le saisit et, avant même que la pauvre vieille ait eu le temps de pousser un cri, il lui en assène sur le crâne un coup d'une telle violence, qu'elle tombe raide morte sur le plancher de la cuisine.

Le blaireau ne perd pas de temps. Il prend un coutelas, découpe en morceaux le cadavre encore chaud de sa victime, empile ces morceaux dans la marmite qui lui était réservée à lui-même, et se met à la faire bouillir. Puis, il se métamorphose. Car chacun sait que le blaireau possède l'intéressante faculté de se métamorphoser quand il lui plaît.

Il prend donc l'apparence de la vieille Tora, se revêt de ses habits, s'assied sur la natte, et tout en attisant le feu, attend le retour du mari.

Gombéiji est bien loin de se douter de ce qui s'est passé pendant son absence. Il quitte son champ à la tombée de la nuit et revient à la cabane, se délectant à l'avance, à la pensée du plantureux repas qui l'attend.

Il trouve la fausse Tora, en train de faire bouillir la marmite:

– Tu l'as donc déjà tué? lui dit-il en rentrant.